Comment j’ai écrit…

Je vais commencer une série de commentaires sur ce que j’écris. Il existe de fameux précédents. Par exemple le fameux Littré,

qui a écrit « Comment j’ai fait mon dictionnaire de la langue française« .

« La malchance de l’ordre alphabétique voulut que, pour mon début, j’eusse à traiter la préposition à, mot laborieux entre tous et dont je ne me tirai pas à ma satisfaction« .

Malgré ce que cette citation pourrait laisser penser, ce n’est pas un rigolo.

« Mon manuscrit était disposé par paquets de mille feuillets. Il se trouva, compte fait, que j’avais deux cent quarante de ces paquets. En conséquence je commandai huit caisses en bois blanc, capables, de contenir chacune trente paquets, en tout deux cent quarante mille feuillets ».

Et bien entendu, il s’est perdu dans les mots.

« Avec les proportions où j’avais conçu mon dictionnaire, je me serais perdu sans ressource dans le temps et dans l’espace, si je m’étais laissé aller; en chacun des compartiments qu’il embrassait, à la tentation, très naturelle du reste, d’y être complet ».

Un autre grand précurseur

Raymond Roussel avec « Comment j’ai écrit certains de mes livres« , 1935.   Encore un drôle de type, ce Roussel :

« J’ai beaucoup voyagé. Notamment en 1920-21 j’ai fait le tour du monde par les Indes, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, les archipels du Pacifique, la Chine, le Japon et l’Amérique. (Pendant ce voyage je fis une halte assez longue à Tahiti, où je retrouvai encore quelques personnages de l’admirable livre de Pierre Loti.). Je connaissais déjà les principaux pays de l’Europe, l’Égypte et tout le nord de l’Afrique, et plus tard je visitai Constantinople, l’Asie-Mineure et la Perse. Or, de tous ces voyages, je n’ai jamais rien tiré pour mes livres ».

Effectivement, « Impression d’Afrique » n’a rien d’un récit de voyage.  Et quand il expose son mode d’emploi, Roussel invite à l’imiter.

« Il s’agit d’un procédé très spécial. Et, ce procédé, il me semble qu’il est de mon devoir de le révéler, car j’ai l’impression que des écrivains de l’avenir pourraient peut-être l’exploiter avec fruit. »

Ouais, on peut toujours essayer, mais avec peu de chance de succès :

« Je reviens sur le sentiment douloureux que j’éprouvais toujours en voyant mes oeuvres se heurter à une incompréhension hostile presque générale. Et je me réfugie, faute de mieux, dans l’espoir que j’aurai peut-être un peu d’épanouissement posthume à l’endroit de mes livres« .

Je laisse le lecteur découvrir les étranges méthodes de Roussel, de peur  d’être aussi obscur que lui.

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