Devoir d’optimisme

D’attentifs lecteurs me font savoir que la teinte légèrement pessimiste de mon dernier article l’emportait sur la couleur du post. A titre d’exemple, j’ai oublié de signaler que certains data center recyclent leur chaleur en chauffage urbain. Dont acte.
Mais il faut flairer l’air du temps: certains observateurs annoncent la naissance d’un pessimisme générationnel irréversible.

C’est l’occasion idéale pour rappeler la légende colportée par Pierre Rabhi :
«Un immense incendie ravageait une forêt. Les animaux impuissants risquaient la mort. Un colibri faisait des aller-retours à la mare pour transporter des gouttes et les verser sur le feu. Les autres animaux: « Colibri ! A quoi ça sert de t’agiter comme ça ? Penses-tu éteindre le feu ?
le colibri : Non, je sais, mais je fais ma part ».

Il y a quelque chose d’admirable dans cette légende qui ressemble à un éloge de l’inutile. On dirait une adaptation de la devise de Coubertin. Mon gars, l’important c’est pas forcément de gagner, faut participer. Si tout le monde s’y met, on n’éteindra peut-être pas le feu, mais on aura au moins essayé, fait notre devoir.
En fait, c’est dans cette fable qu’il y a un terrible fond de pessimisme.

Cela rappelle la fable de la « participation aux bénéfices de l’entreprise » (art.L3322-2 et suivants du code du travail),
qu’on a avalée béatement.
Il est d’ailleurs une autre version de la légende de colibri:
Un immense incendie ravageait une forêt, etc. Une mare bloquait toute fuite. Le scorpion, ne sachant pas nager, demande à la grenouille de le porter sur son dos pour traverser.
La grenouille: non, je te connais, tu vas me piquer et je vais couler.
Le scorpion: mais si je fais ça, je coule aussi.
La grenouille: c’est vrai, allez, monte.
Parvenu au milieu de la mare, le scorpion pique la grenouille qui crie: Mais pourquoi t’as fait ça ?
Le scorpion: parce que je suis un scorpion.

Il y a une morale aux contes, qui donne assez souvent raison au pessimiste. S’il se trompe, tant mieux. s’il a raison, il n’a pas tort. C’est une façon d’envisager le « Pari de Pascal ». Terriblement pessimiste, Pascal faisait remarquer qu’on ne risque rien à croire en Dieu. Alors croyons, comme le colibri.

comme au temps de la prohibition

La crise américaine des opioïdes nous permet de relativiser notre situation. On n’en parle guère dans nos médias, dommage.
Ce n’est pas un mystère, le système de santé américain repose sur le profit, au détriment de la santé et de la société. Les trusts du médicaments, les pharmacies, les distributeurs et les compagnies d’assurance s’engraissent sur le dos des plus démunis.

Toute la chaîne sanitaire est impliquées dans la hausse incroyable de mortalité par overdose depuis des années. Les opioïdes, délivrés sur ordonnance, ont tué 220 000 personnes en une quinzaine d’années. Pas loin du score des fusillades de masse qui font tant causer. Pour le gouvernement, les trusts doivent payer et soigner la dépendance provoquée par leurs produits. Les entreprises rétorquent qu’elles respectent la loi et sont sous surveillance de la DEA (Drug Enforcement Administration).
https://www.dea.gov/taxonomy/term/331
Des centaines de procès sont en cours pour chercher les responsables. Bonne chance.
Big Pharma est bien pire que Big Tobacco, qui empoisonne depuis toujours en sachant qu’il propage des cancers.
Dans le cas des opioïdes, ce sont pourtant d’innombrables contrôles qui s’effectuent rigoureusement par une foule d’intervenants.
Un médecin rédige l’ordonnance, une pharmacie la remplit, une assurance rembourse. Les fabricants répondent aux commandes, les transporteurs les véhiculent, les pharmacies les distribuent. La DEA, surveille l’ensemble, fixe le quota d’opioïdes qu’une entreprise peut fabriquer et contrôle le suivi de chaque pilule.
76 milliards de pilules d’oxycodone et d’hydrocodone sont distribuées en six ans… la production a augmenté en accord avec la DEA, et les bénéfices explosent, comme l’énorme taux de mortalité par surdose.
La DEA, à 100 ans, dispose d’une formidable réputation. Chargée d’empécher la drogue d’entrer aux États-Unis, elle contrôle aussi les produits pharmaceutiques licites.

En 20 ans, elle a autorisé une augmentation faramineuse des antidouleurs. Ce n’est que tout récemment que ce marché de médicaments sur ordonnance commence à baisser par un meilleur contrôle des d’ordonnances et la chasse aux usines clandestines.
Résultat: la crise de surdose s’est… aggravée.
Classique « effet prohibition », des opioïdes plus meurtriers arrivent à mesure que les analgésiques prescrits diminuent. Place aux cocktails de fentanyl illicite et d’héroïne.

On cite l’exemple édifiant du comté de Mingo, en Virginie Occidentale. On y compte des taux records d’obésité, d’alcoolisme et de naissances prématurées. On y consomme 200 pilules par personne et par an et l’Etat est au dernier rang des USA pour la santé avec des villes à 42% d’enfants sous le seuil de pauvreté, 35 % des adultes n’ayant jamais fini leurs études secondaires. Alcool, privation de droits et d’emploi, absence de but et solitude constituent les déterminants sociaux de la santé, ce qui fait que certains développent une dépendance et pas d’autres.

Seule, la réduction de la demande résoudrait le problème, mais elle suppose une société en meilleure santé. Trump vient de déclarer à plusieurs reprises que le pays comptait beaucoup de sujets en mauvaise santé mentale (des armées de psy déclarent qu’il est lui-même proche de ce diagnostic)

Du coup, notre société semble en bien meilleure état dans le domaine de la santé, de la politique en matière de drogue et médicaments et celui des armes.
Bien moins pire, en voilà du positif. On se sent mieux, non ?

le pessimiste: non, ça ne peut pas être pire.
l’optimiste: mais si !

2 exemples:
http://www.franciscolonel.fr/?p=646
http://www.franciscolonel.fr/?p=467

et pour les locaux;http://www.franciscolonel.fr/?page_id=844

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