Niouz 5 – De mauvais poil

Le français est grincheux et consomme des antidépresseurs. Malgré les invitations constantes à positiver, nos sociétés n’ont pas l’air plus heureuses. Et ça tombe bien, car des études ont montré les bénéfices des émotions négatives. Dans ces expériences, on agit sur l’humeur de participants en leur montrant des films gais ou tristes pour évaluer leurs changements de comportements. Quand des personnes gaies ou tristes doivent exécuter une tâche mentale complexe, ceux qui sont de mauvaise humeur persévèrent plus, passent plus de temps à cette tâche et donnent plus de bonnes réponses.
On découvre ainsi qu’une humeur négative donne de la motivation.   Etonnant, non ?
Des sentiments négatifs peuvent améliorer la mémoire. Dans une étude de 2008, les chercheurs ont étudié les effets de l’humeur liée à la météo.
Des personnes qui faisaient du shopping lors de journées ensoleillées ou nuageuses voyaient dix objets inhabituels placés dans un magasin. Ils devaient plus tard se les rappeler. Résultat : ceux qui étaient de mauvais poil se souvenaient mieux des détails. De plus, ça peut conduire les gens à être plus attentifs, plus équitables et moins égoïstes.
En donnant trop d’importance au bonheur, on ne tire pas profit des vertus de la tristesse et on risque plus de déceptions. C’est la conclusion.
Celle de Pascal: se dire que le bonheur c’est pour plus tard, voilà le malheur.

Et l’oxytocine, vous connaissez ? C’est une hormone associée entre autres au nourrissage et à l’attachement, elle produit le bien-être et renforce la liaison entre le parent et l’enfant. Après de longs regards de leurs chiens, le niveau d’ocytocine des propriétaires augmente en flèche.
J’ai mon chien sous les yeux et pourtant je suis de mauvais poil, il a pissé sur le tapis. Encore une cause d’aigreur, je suis allé consulter la semaine dernière.
– docteur, quand je fais l’amour, j’entends des sifflements…
– A votre âge vous espériez quoi ? Des applaudissements ? 
Ah, tu la connaissais ?
Freud admirait le livre d’un certain de Ludwig Börne intitulé « l’Art de devenir un écrivain original en trois jours »

Extraits:  » la sincérité est la source de tout génie; les hommes seraient plus intelligents s’ils étaient plus moraux« .
La première partie me semble douteuse, la seconde aussi.
Freud a rêvé toute sa vie d’être un écrivain, mais a dû se contenter d’être un génie assez sincère. Il aurait certainement admis que beaucoup de psychopathes sont intelligents et que les saints stupides ne manquent pas.
« le sens moral est plus important que l’intelligence » (Alexis Carrel – L’Homme, cet Inconnu)
      Pour illustrer la chose, il y a deux ans, Microsoft a lancé Tay, un robot conversationnel sur tweeter. Doté d’intelligence artificielle, il peut s’ajuster et apprendre au contact de l’humain. Il n’a fallu quelques heures pour le retirer en catastrophe tant il avait vite appris l’essentiel et tenait des propos xénophobes, machistes et conspirationniste.
« La conscience est la lumière de l’intelligence pour distinguer le bien du mal.» disait Confucius.
Enfin, original ou pas, il y a peu de chance que quiconque devienne écrivain en trois jour, je le saurais vu que j’anime un atelier d’écriture créative,  en suivant scrupuleusement le principe de Rilke :

« Personne ne peut vous apporter aide et conseil, personne » (Lettres à un jeune poète).   Allez, portez vous bien !

Le procès des cigales (suite et fin).

 

Finalement les parisiens ont peut-être raison dans la querelle des cigales.

La planète est de plus en plus bruyante, à tel point que de nombreuses espèces qui communiquent par des sons dans les airs et dans l’eau sont en danger. Trop de bruit, les oiseaux, les poissons, les insectes sont perturbés en permanence par les bateaux, avions, agglomérations, autoroutes, etc.

D’où l’échouage régulier des baleines et la plainte du parisien. le silence n’existe plus, l’obscurité non plus vu qu’on éclaire partout. Il faut aller au fin fond des déserts ou en altitude pour profiter de l’un et l’autre.

 

                                               Sable, sableux, sablonneux

Je te le répète, l’ordinateur et tout le tremblement, c’est basé sur du silicium, et le silicium c’est du sable. Toute civilisation repose sur du sable, la notre plus que les autres. Je te laisse réfléchir. C’est ce que je racontais jadis mais depuis, j’ai appris que le sable est l’élément le plus exploité au monde et qu’on voit déjà le moment où l’on va en manquer. C’était une blague politique: si Machin (votre adversaire politique) était au pouvoir au Sahara, en six mois ils seraient obligés d’y importer du sable… Et ben voilà, ça fait une paye que Dubaï importe des millions de tonnes de sable d’Australie.

Oui, mon gars, les australiens vendent du sable aux arabes; ça ferait rigoler si les esquimaux ne rêvaient pas d’acheter de la glace à qui en aurait assez pour remplacer celle qui disparaît.

                                            Bruxisme et merde de taureau

Étrange paradoxe, beaucoup de boulots parmi les plus utiles sont les moins bien payés et les plus déconsidérés. Cela veut-il dire que les mieux payés et considérés
sont les moins utiles ? C’est ce qu’affirme l’anthropologue David Graeber, qui précise que:
« La classe dirigeante s’est rendu compte qu’une population heureuse et productive avec du temps libre était un danger mortel».
D’où la constitution de milliers de ce qu’il nomme « bullshit jobs », des boulots à la con. Ces emplois inutiles pourraient disparaître sans conséquences réelles.
Quand les éboueurs cessent de travailler, il faut moins de trois jours pour qu’on s’en rende compte, ce qui n’est pas la cas des bullshit jobs. Finance, maîtrise,
marketing, management, politique… Sans même parler des techniciens payés pour limiter la durée des appareils.
Ce qui serait triste, ce serait qu’anthropologue soit aussi un bullshit job.
Les effets visibles, outre le pharamineux taux d’absentéisme et d’arrêts maladie, s’observent dans les reconversions artisanales ou dans l’agribioculture, les arts, les plongées aléatoires dans auto-entrepreneuriat, le star-upisme, les tours du monde sabbatiques ou l’exil.
Le bruxisme est la contraction involontaire des mâchoires qui produit ce bruit désagréable chez certains dormeurs. Pas besoin de dormir, parfois,  pour grincer  des dents.

C’est tout le contraire


Des lecteurs m’informent qu’on peut trouver mes notes sarcastiques, ce qui m’a amené à faire un examen de conscience.
Comme je me méfie des mots, je cherche leur définition. Le sarcasme serait une moquerie ironique qui tourne en dérision une personne ou une situation d’une manière mordante, amère et blessante, piquante ou belliqueuse.
Voilà même une étrange précision piquée dans Wikipédia:

« être sarcastique c’est dire le contraire de ce que l’on pense, sans montrer qu’on pense le contraire de ce que l’on dit« .

Pour comprendre, j’ai vainement cherché la rubrique « amphigouri emberlificoté ».
En cherchant ironie dans le Larousse, on trouve :

« Manière de railler, de se moquer en ne donnant pas aux mots leur valeur réelle ou complète, ou en faisant entendre le contraire de ce que l’on dit ».

C’est quoi cette histoire ? D’abord, je n’ai pas l’impression de dire le contraire de ce que je pense. Au contraire.
Mais surtout il y aurait un aspect mauvais, négatif dans le sarcasme. A l’opposé, l’humour serait dépourvu de ricanement, de persiflage, qui sont
«une passion française» qui trahit la tendance au culte de soi et à la haine de l’autre (toujours selon Wiki).

Une Passion française ?
Du coup, je prends un exemple dans l’actualité: quand Brigitte Bardot traite Monsieur Hulot de « trouillard, lâche de première classe qui ne sert à rien », il répond qu’il en a « marre des démagos de tous poils« . Comment cette bataille homérique pourrait-elle ne pas entraîner ricanements et persiflage ? Surtout si y repère des relents de culte de soi et de haine de l’autre.
Plus généralement, au rang des passions françaises, y’a pas qu’en foot qu’on est champions du monde. On est aussi champions de l’utilisation des pesticides dont on sait tous que c’est pas bon pour la santé. Les lobbies, non plus c’est pas bon, mais on en bouffe plus que de médicaments.
Dans ce domaine, en moyenne, chaque Français se tape 4 médicaments chaque jour, autre record mondial. Si t’en prends pas, c’est qu’il y en a d’autres qui en sont à au moins 8.

Les 3/4 de ces potions soignent surtout le porte-feuille de trusts pharmaceutiques tout en s’avérant dangereuses pour la santé du client. Faire ce constat serait-il du persiflage ?
Ivan Illich montrait que la plupart des institutions finissent par donner l’inverse de ce qu’on en attend. L’hôpital produira de la maladie, la police
de l’insécurité, l’école de l’ignorance, etc. Est-ce plutôt du sarcasme ?
Comment éviter l’amertume et le mordant ? Vaut-il mieux prendre parti pour BB ou M. Hulot ? Est-il préférable de s’abstenir pour mieux compter les points en ricanant ? A chacun de voir et de faire comme il veut, ou comme il peut.
On finit par s’y perdre entre ironie, sarcasme, persiflage, mais il y a toujours le risque du négatif et de l’agressif. La morale dit que faut pas se moquer, c’est pas bien.
Ok, j’ai bien saisi le message. Je vais désormais m’efforcer d’être moins sarcastique. Dès à présent, le lecteur, n’aura aucune difficulté à voir si
je dis le contraire de ce que je pense. Ou l’inverse.

Pauvres pauvres

Les pauvres « coûtent un pognon de dingue et restent toujours pauvres ».
A partir de ce constat présidentiel, il faut donc responsabiliser les pauvres, leur apprendre la richesse à laquelle ils sont allergiques.
Enrichissons les de force !
Augmentons la précarité, le libéralisme, privatisons massivement la santé, l’éducation, la police et surtout, supprimons toutes les aides.
Les pauvres feront alors des start-up, ils vendront de la vaisselle, des avions de chasse, des autoroutes, des OGM et des Linky…
Ah, que l’avenir est riche de promesses !

Mort, où est ta victoire ?

On n’en revient toujours pas de ces cimetières écolos !…
Après le refus des députés d’interdire le glyphosate, on constate qu’ici, nos tombes sont plus saines que nos champs. Evidement, les esprits railleurs ont immédiatement hanté le sujet:

Mangez les pissenlits par la racine, ils sont bio !

les verts sont morts, les morts sont verts

Enterrons Monsanto !

Leur programme: Empoisonner les vivants, pas les morts…

Abeilles, butinez les chrysanthèmes !

Et puis l’affaire s’emballe, la ville réplique:

Le maire lui-même déclare: « Pour paraphraser un grand commentateur sportif que nous regrettons en ce début de coupe du monde :
« Après avoir vu ça, on peut mourir tranquille ! ».

Bon sang, espérons que l’affaire ne prendra pas trop d’ampleur.